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L’auteure ne retrace pas le parcours qui a conduit Félix à vivre dans la rue. Il demeure une énigme même si le personnage semble livrer certaines
causes de sa « déchéance ». Elle le place là, devant nous, privé de tout depuis longtemps, vacillant entre la lucidité et la déraison, à un instant où
il croit pouvoir encore être heureux. Elle le fait avancer sans repère et sans amour sur un monde rond qui a la dimension de sa sensibilité, de son imagination, de son regard décalé, de sa bonne humeur, de son humour, de son énergie et de son désir de vivre. Elle le rend attachant d’autant plus qu’il positive sans cesse sur ce chemin,
bien illusoire à nos yeux, qui le mène vers le bonheur auquel il aspire.
L’auteure nous assoit simplement près d’un homme qu’on ne voudrait pas approcher. Elle le rend
tendre, drôle, digne et énigmatique. Alors, subtilement, notre regard sur lui change. Et nous nous sentons proche de ce qu’il est : fragile, angoissé, révolté mais aussi tenace, combatif, impertinent, blagueur et puis soulagé, apaisé, ravi, aimant. Félix est donc le héros de sa propre aventure. Ainsi,
il n’est pas différent de nous. Il est ce que nous sommes avec juste un peu moins de chance qu’il n’a pas su ou pu saisir.
Avec Félix, comme avec Blanche ou Soledad,
l’auteure ne verse ni dans le pathétique, ni dans le comique railleur, ni dans le sermon. Elle ouvre notre sensibilité à ceux que nous ignorons, à ceux que nous rejetons. Elle dénonce. Mais elle le fait par
l’intelligence du cœur.
C’est, pour moi, une des fonctions de notre art. Voilà pourquoi, j’ai choisi de présenter ce texte d’une auteure contemporaine et vivante, animée du souci de lever le voile sur les injustices faites aux humbles, aux oubliés, aux humiliés en posant sur eux son regard sensible, grave et amusé, jamais complaisant et toujours vivant.
Sur scène, Félix porte sur son épaule un petit chien en peluche abandonné qu’il appelle Scarly. Il est son seul compagnon, son confident, sa mémoire, son guide. Pour marquer son isolement, Félix évolue dans un unique rond de lumière au sol qui le sort de l’ombre dans laquelle nos regards le laissent habituellement. Mais plutôt que l’éloigner, il le
rapproche de nous comme le ferait une loupe. Dès lors, ce cercle de lumière devient la lumière
intérieure qui réside au sein de cette autre ombre intérieure, omniprésente, où sont enfouis les
souvenirs, les peurs, les souffrances, tout ce que Félix veut oublier et tout ce qu’il ignore. C’est dans cette unique lumière, ronde comme un collet qui l’enserre, dans cet espace sans coin pour se
réfugier, que Félix renvoie aux passants le regard qu’ils portent sur lui et se débat avec lui-même pour trouver le lieu de sa renaissance où il pourra aimer, être aimé et tout reconstruire.
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